Électricien raccordant une borne de recharge murale pour véhicule électrique dans un garage de maison individuelle

Borne de recharge à domicile : puissance, protection et câble à prévoir


Le client vous appelle avec une voiture électrique déjà commandée et une question simple : « Quelle borne dois-je prendre ? ». Sur le chantier, la réponse n’a rien de simple. Elle dépend de l’abonnement, de la capacité du tableau, de la distance entre le tableau et le point de charge, et de la borne elle-même, notamment de la protection contre les courants continus qu’elle intègre ou non.

Une installation IRVE sous-dimensionnée se traduit par des déclenchements à répétition, une charge plus lente que prévu ou un échauffement de la ligne. Une installation mal protégée est pire : elle ne respecte pas la NF C 15-100 et engage votre responsabilité. Ce guide suit l’ordre d’un chantier réel, de la puissance à la remise au client.

Il ne remplace ni la norme ni la notice du constructeur de la borne. Il vous donne une méthode pour ne rien oublier, avec les points qui font le plus souvent gagner ou perdre du temps.

Choisir la puissance de la borne : monophasé, triphasé et abonnement disponible

Monophasé ou triphasé : ce que permet l’alimentation

La première question porte sur l’alimentation du logement. Un branchement monophasé limite les choix, un branchement triphasé les élargit. Le tableau ci-dessous donne les puissances de charge théoriques selon le courant et le type d’alimentation.

Alimentation Courant Puissance de charge théorique Remarque de chantier
Monophasé 230 V 16 A environ 3,7 kW Solution minimale, utile si la puissance disponible est très contrainte
Monophasé 230 V 32 A environ 7,4 kW Cas le plus fréquent en maison individuelle
Triphasé 400 V 16 A environ 11 kW Bon compromis si le logement est en triphasé
Triphasé 400 V 32 A environ 22 kW Rarement exploitable en résidentiel : de nombreux véhicules ne l’acceptent pas

Abonnement et capacité du véhicule

Une borne de 7,4 kW ne s’ajoute pas à n’importe quel abonnement sans précaution. Si le client cuisine, chauffe et recharge en même temps, la puissance appelée peut dépasser celle souscrite et faire déclencher le disjoncteur de branchement. Faites le bilan des usages simultanés avec lui avant de valider la puissance.

Vérifiez aussi le chargeur embarqué du véhicule. Il fixe la puissance maximale acceptée en courant alternatif : installer une borne plus puissante que lui n’accélère pas la charge. Cette information figure dans la documentation du constructeur automobile ; demandez-la au client plutôt que de la supposer.

Enfin, une borne réglable en courant permet de s’adapter à l’abonnement actuel et de monter en puissance plus tard sans toucher à la ligne, à condition d’avoir dimensionné la ligne en conséquence dès le départ.

Circuit dédié : ce que la NF C 15-100 attend d’une installation IRVE

La règle de base tient en une phrase : la borne est alimentée par un circuit spécialisé, exclusivement réservé à la recharge. Concrètement :

  • une ligne partant du tableau, sans dérivation vers une prise, un éclairage ou un autre appareil ;
  • une protection propre à ce circuit, la protection différentielle ne devant pas être partagée avec d’autres départs ;
  • un conducteur de protection continu jusqu’à la borne, avec une prise de terre dont vous avez mesuré la valeur ;
  • un repérage clair du départ au tableau, avec l’étiquette « borne de recharge ».

Le point bloquant en rénovation est souvent la place disponible. Si le tableau existant est saturé, ou s’il est ancien et ne permet pas d’ajouter proprement un différentiel et un disjoncteur, prévoyez un tableau électrique ou un coffret divisionnaire dédié à la recharge, en veillant à ce qu’il soit lui-même correctement alimenté et protégé. Pour un garage séparé de la maison, un petit coffret à proximité de la borne simplifie la maintenance.

Protection de la ligne : disjoncteur, différentiel et choix du type (A, F ou B selon la borne)

Le disjoncteur : calibre et pôles

Le calibre du disjoncteur se détermine à partir du courant de charge de la borne, sans jamais dépasser ce que supporte le câble dans son mode de pose. En monophasé, utilisez un appareil bipolaire (phase et neutre) ; en triphasé, un appareil tétrapolaire. Pour un bon choix de calibre, de courbe et de pouvoir de coupure, parcourez notre rayon disjoncteurs et appareils modulaires.

Le différentiel 30 mA et son type

La protection différentielle haute sensibilité 30 mA est de rigueur sur ce circuit. Le choix du type dépend d’un seul critère : ce que la borne intègre comme détection de courants continus de défaut. L’électronique de puissance du chargeur du véhicule peut en effet générer des courants de défaut continus qui aveuglent un différentiel standard.

Configuration Protection à prévoir en amont
Borne avec détection de courants continus intégrée (RDC-DD) Différentiel 30 mA type A, si la notice de la borne l’autorise
Borne sans détection intégrée Différentiel type A associé à un module RDC-DD au tableau, ou différentiel type B
Notice du constructeur imposant un type particulier (B, voire F) Respecter la notice : elle prime sur l’habitude

Le type F n’est pas un choix par défaut en IRVE : ne le retenez que si le constructeur de la borne l’exige. Dans tous les cas, lisez la notice de la borne avant de commander la protection, car c’est elle qui indique la protection amont attendue et la compatibilité avec le type de différentiel retenu.

Parafoudre et délestage : quand les prévoir

Parafoudre

La borne contient de l’électronique sensible, souvent installée en extérieur et au bout d’une ligne longue, donc exposée aux surtensions d’origine atmosphérique. La NF C 15-100 conditionne l’obligation de parafoudre à des critères que vous évaluez sur place : niveau de risque de la zone, alimentation aérienne du bâtiment, présence d’un paratonnerre, conséquences d’une panne. Dans le doute, la pose d’un parafoudre de type 2 avec sa protection associée se justifie, surtout si la borne se trouve dans un bâtiment annexe distant du tableau principal. Notez la décision et ses motifs dans votre dossier de chantier.

Délestage et gestion de puissance

Le délestage évite que la recharge, cumulée aux autres usages, ne fasse sauter le disjoncteur de branchement. Il n’est pas systématique, mais il devient très utile dès que la borne approche la puissance disponible. Trois approches existent :

  • un contacteur ou relais de délestage qui coupe la recharge lorsque l’abonnement approche de sa limite ;
  • une gestion dynamique intégrée à la borne, avec une pince ampèremétrique qui mesure la consommation du logement ;
  • un pilotage horaire de la borne, calé sur les périodes tarifaires choisies par le client.

Vérifiez la compatibilité entre la borne et le système de mesure avant de câbler, et expliquez au client le comportement de la recharge lorsque le délestage agit.

Section et type de câble : calcul selon la longueur, le mode de pose et la chute de tension

Trois contraintes se cumulent : le courant admissible dans le mode de pose, la protection en amont et la chute de tension. La section retenue doit satisfaire les trois. Procédez dans l’ordre :

  1. Fixez le courant de charge de la borne et le calibre de protection correspondant.
  2. Identifiez le mode de pose (conduit en saillie ou encastré, chemin de câbles, pose enterrée sous fourreau) et ses facteurs de correction, notamment la présence d’autres circuits dans le même conduit.
  3. Choisissez une section dont le courant admissible, après corrections, reste supérieur au calibre de protection.
  4. Contrôlez la chute de tension sur la longueur réelle, puis augmentez la section si nécessaire.

Pour la chute de tension, la NF C 15-100 fixe une limite de 5 % pour les circuits autres que l’éclairage. La formule simplifiée en monophasé est : ΔU = 2 × ρ × L × I ÷ S, avec ρ voisin de 0,023 Ω·mm²/m pour le cuivre.

Exemple chiffré : un circuit monophasé 32 A en cuivre 6 mm². Sur 20 m, la chute est d’environ 5 V, soit un peu plus de 2 % de 230 V. Sur 40 m, elle atteint environ 10 V, soit plus de 4 %, ce qui laisse peu de marge une fois les facteurs de correction appliqués. Passer en 10 mm² ramène la chute à environ 6 V sur la même distance. Cette méthode reste une approximation : vérifiez toujours avec les tableaux de la norme ou le logiciel de calcul que vous utilisez habituellement.

Pour le type de câble, un câble de distribution rigide de type U-1000 R2V est le choix courant, en 3 conducteurs en monophasé et 5 conducteurs en triphasé. Vous trouverez les sections courantes dans notre rayon câble électrique au mètre. Prévoyez toujours un peu de longueur pour le raccordement dans le coffret de la borne.

Cheminement et pose : gaines, conduits enterrés et passage extérieur

Une borne installée en façade, sur poteau ou dans un garage détaché implique souvent un passage extérieur. Quelques règles de chantier :

  • Intérieur : conduit ICTA ou IRL, ou goulotte selon l’environnement, avec un rayon de courbure respecté et des fixations régulières.
  • Traversée de mur : manchon étanche, avec une boucle d’égouttage côté extérieur pour éviter les entrées d’eau.
  • Enterré : câble sous fourreau de type TPC, à la profondeur imposée par la NF C 15-100, avec un grillage avertisseur rouge au-dessus. Pensez à tirer un fil de tirage ou un fourreau de réserve : le surcoût est faible si la tranchée est ouverte.
  • Remontée vers la borne : gaine protégée mécaniquement, avec un indice de protection adapté à l’emplacement.

Photographiez le cheminement avant de reboucher et notez les longueurs : ces informations serviront pour la maintenance et pour un éventuel remplacement de la borne.

Mise en service et vérifications : points à contrôler avant la remise au client

Avant de mettre sous tension, déroulez cette liste :

  1. Contrôle visuel des raccordements et du couple de serrage, y compris les conducteurs de protection.
  2. Mesure de la continuité du conducteur de protection et de la résistance d’isolement de la ligne, borne déconnectée.
  3. Contrôle de la valeur de la prise de terre.
  4. Test du différentiel : bouton de test, puis vérification de son déclenchement avec votre appareil de mesure.
  5. Réglage de la borne en courant (selon l’abonnement ou le délestage) et vérification de la configuration du système de gestion de puissance.
  6. Essai de charge réel avec le véhicule du client ou un testeur adapté, et lecture du courant effectivement absorbé.
  7. Repérage du départ au tableau, remise de la notice de la borne et explication des consignes d’utilisation.

Conservez une trace des mesures réalisées : en cas de litige ou de sinistre, c’est votre meilleure protection.

Questions fréquentes

Peut-on raccorder une borne sur un circuit existant ?

Non. La borne doit disposer d’un circuit dédié avec sa propre protection. Un raccordement sur un circuit de prises ou d’éclairage n’est pas conforme et expose la ligne à des surcharges prolongées.

Faut-il systématiquement un différentiel de type B ?

Non. Si la borne intègre une détection de courants continus, un type A peut suffire. Sans détection intégrée, il faut un type A associé à un module RDC-DD, ou un type B. La notice de la borne tranche.

Un câble de 6 mm² suffit-il pour une borne de 7,4 kW ?

Il convient souvent sur de courtes distances et en conditions de pose favorables. Dès que la ligne s’allonge ou que le mode de pose impose des facteurs de correction, calculez la chute de tension et la section admissible, puis passez au-dessus si nécessaire.

Le délestage est-il obligatoire ?

Pas dans tous les cas. En revanche, la puissance totale appelée doit rester compatible avec l’abonnement du client. Dès que la marge est faible, le délestage ou la gestion dynamique de puissance évite les coupures.

Une borne triphasée 22 kW est-elle utile à domicile ?

Rarement. Tout dépend du chargeur embarqué du véhicule : s’il est limité à une puissance inférieure, la borne ne pourra pas la délivrer. Vérifiez cette caractéristique avant de proposer ce niveau de puissance.

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